Rencontre avec Lucile Leclair autrice du livre “Pandémies, une production industrielle”

Lors d’une rencontre en Centre-Bretagne, Lucile Leclair a exposé son enquête sur les pandémies animales et les réponses apportées par les normes de biosécurité.

Chez les animaux, les pandémies naissent de situations associant plusieurs facteurs dont les 3 principaux sont :

  • la proximité entre individus (en élevage intensif de volailles l’espace disponible par volaille est de l’ordre d’une feuille A4),
  • la mono racialisation (une seule espèce sur tout un élevage rend tous les individus vulnérables en cas d’infection) et la perte de diversité génétique dans les élevages industriels,
  • la pauvreté du contexte de vie (alimentation uniforme, environnement non diversifié, systématisme des traitements antibiotiques).

Les pandémies animales ne sont pas nouvelles mais leur ampleur et leur fréquence d’apparition s’accélèrent et deviennent des objets médiatiques lorsqu’il y a risque de transfert vers l’humain (cet autre animal).

Pour limiter les pandémies, l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (l’OIE, équivalent de l’OMS pour les animaux) a mis en place des réponses dites de “biosécurité”. Les états ont repris ces dispositions sous forme de normes qui s’imposent à tous les éleveurs. Alors que l’on pourrait s’attendre à réduire les causes identifiées des pandémies, les normes de biosécurité définissent au contraire l’ultra-industrialisation de l’élevage comme seule réponse possible (confinement total des animaux en fermes-usines, traitements systématiques, élevage mono-espèce à grande échelle,…).

En réponse, des mouvements paysans et de vétérinaires se sont organisés en résistance dans différentes régions du monde pour contrer le seul modèle promu par cette vision de la biosécurité.

En France et particulièrement en Bretagne, à la suite de cas de grippe aviaire survenus en élevage industriel, un confinement des volailles a été imposé à tous les éleveurs. La situation est particulièrement critique pour les élevages paysans qui, bien que non atteints par la grippe aviaire, sont contraints de confiner leurs volailles habituellement en parcours plein-air. Les surcoûts engendrés par ces dispositions et la mortalité due au confinement des volailles découragent les petits éleveurs et freinent les installations en volailles plein-air. Dans ce contexte, notre ministre de “l’agrobusiness” ne se gène pas pour montrer du doigt le seul élevage plein-air et le considère comme moins sûr du point de vue sanitaire que l’élevage claustré. Aujourd’hui, les volailles sont ciblées, demain ce sont les porcs, puis les caprins et les bovins qui seront visés par les mesures de biosécurité.

La Confédération Paysanne est engagée dans des discussions serrées avec les services de l’état et le ministère de l’agriculture pour lever les restrictions sur l’élevage paysan et un mouvement de résistance s’organise. Le Collectif Bretagne contre les fermes-usines y prend part activement.

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