Paroles transmises 💬
Nous avons recueilli 12 paroles de personnes qui ont déclarées publiquement avoir participé au bon déroulement de l’action du 19 mars 2022 à St Gérand.
Chaque lundi jusqu’au procès du 15 décembre, nous vous offrons 4 portraits avec leurs textes sensibles à découvrir.

Janny
Je suis maman de 3 enfants et me sens concernée par l’environnement que nous laissons à nos enfants pour demain.
Et là, le constat fait froid dans le dos : La terre a entamée sa 6ème extinction de masse, à cause des activités humaines telle que la déforestation, l’artificialisation des sols, l’utilisation massive de pesticides et autres produits chimiques, la surexploitation des ressources naturelles.
L’équation est simple : Notre société de consommation occidentale consomme + de matières premières que ce que la planète peut renouveler, et produit + de déchets que ce que la planète peut absorber.
Comment en sommes nous arriver là ?
Il y a encore 2 générations, mes grands parents étaient paysan.nes, et ma grand-mère, crémière produisait le beurre avec la traite de leurs vaches, qui était ensuite distribué aux habitants du bourg. Ils cultivaient leur potager et avaient quelques poules, lapins, cochons et vaches. Un savoir faire avec la terre naturellement transmis de génération en génération.
Depuis, il y a eu une rupture de transmission.
La politique agricole imposée depuis 1960 conduit à une agriculture modernisée, mécanisée mais en rupture avec le vivant.
Le modèle pointé du doigt par l’action du 19 mars est la forme « Hors Sol », c’est à dire les élevages enfermés, dépendant d’une alimentation externalisée, mais aussi les cultures intensives, dépendantes d’intrants externalisés, sans cesse encouragées à s’agrandir. Mais avec l’accroissement des exploitations, vient l’accroissement de crises sanitaires, puis celui des contrôles sanitaires et de mise aux normes couteuses, entrainant des investissements pour pouvoir continuer de répondre aux cahiers des charges des clients, puis un accroissement d’exploitations : Une agriculture sans queue ni tête, d’une violence inouïe banalisée et cachée, tant pour les agriculteur.ices que pour les animaux et l’environnement.
« Quand tu manges pour 3 X rien, tu tires sur la couenne de quelqu’un ! »m’a dit un jour un agriculteur sur un rond point.
Au vu des perturbations climatiques en cours et des menaces environnementales à venir, il me parait urgent de changer de direction et essentiel de renouer avec la nature. La nature qui est plus forte quand elle est diversifiée.
Kristen
Nous savons tous et toutes que l’agriculture est l’une des activités qui définit notre région. Elle façonne nos paysages, anime nos villages, rythme nos emplois et nourrit les récits de nos anciens. C’est précisément ce qui rend la situation actuelle insupportable : les scandales des algues vertes, les menaces qui pèsent sur ceux qui informent, les difficultés extrêmes que subissent celles et ceux qui vivent de la terre. Je pense à cet éleveur, contraint de jeter l’éponge après des décennies de travail. Je pense à mes grands parents dont la commune perd petit à petit ses habitants et ses services. Leur détresse est le symptôme d’un système à bout de souffle.
Face à ça, je n’ai pas eu d’autres choix que d’accomplir mon devoir de citoyen, de faire entendre cette détresse de toute mes forces. C’est pourquoi j’ai participé au bon déroulement de cette action.
Mais au lieu d’entendre ce cri, les pouvoirs publics ont décidé de nous réprimer, de nous interdire de nous voir, de nous interdire de manifester. Au lieu de prendre à bras le corps les défis qui se présentent à nous, on cherche à les invisibiliser.
Nous avons besoin d’une agriculture qui prenne soin de celles et ceux qui la pratiquent, sans les ensevelir sous les dettes ou la paperasse. Nous avons besoin d’une agriculture plus égalitaire, où les intérêts de tous et toutes sont pris en compte – des agriculteurs et agricultrices, du vivant et de nos milieux –, et pas seulement ceux des industries, des coopératives et de la course au profit.
C’est avec cet idéal en tête que je me lance dans une formation pour devenir maraîcher·ère. Mon objectif est concret : nourrir ma commune avec des légumes sains, et recréer un lien direct et humain avec cel.leux que je nourris. Je veux participer, humblement, à bâtir l’agriculture de demain, une fois que celle d’hier aura été réformée.


Martin
Petit Rhinolophe, Crételle des prés, Pie-grièche écorcheur … la liste est longue mais elle se raccourcie. Aussi loin que je me souvienne j’ai toujours eu une attention aiguë et spéciale envers les organismes vivants. Mes choix de vie sont déterminés par le besoin d’en être entouré, le plus possible. Je suis devenu naturaliste, amateur, bénévole et même professionnel, j’en vivais financièrement et avec enthousiasme. En réalité j’ai appris à documenter le silence forcé de nos milieux de vie. Et je suis loin d’être le seul. Mais les consensus scientifiques n’orientent plus nos choix de société, c’est autre chose désormais.
Alors je suis devenu paysan, depuis bientôt 8 ans, je cultive la terre et m’attache à ses occupants. Dans l’idée peut-être prétentieuse ou courageuse de montrer l’exemple. Moralement c’est salvateur, parce qu’en réalité c’est très simple de nourrir son voisinage et d’accueillir une biodiversité foisonnante. Mais notre ferme n’en reste pas moins un îlot dans un océan d’immenses parcelles domptées aux charrues 9 socs et aux pulvés de 18 mètres.
C’est pas une mince affaire que de s’installer paysan, ou « agriculteur à titre principal » dans le jargon de la MSA. Mais la vraie bataille elle démarre lorsque l’on décide d’aller chercher plus de place pour les futurs copains et copines paysans et paysannes, histoire de se sentir moins seuls, d’être plus forts, de la jouer collectif. Tout naturellement j’ai rejoins la Conf, le GAB, le Civam, l’Atelier Paysan … toute la clique qui s’échine à plaider sans trembler pour une autre façon de produire et de se nourrir. Plus inclusive, durable, radieuse.
Au moins avec cette belle bande on entrevoit l’horizon désiré, c’est certain. Mais pas son avènement. Pour ça il faut tenter d’autres choses comme le 19 mars 2022.
Nina
Je suis maçonne spécialisée dans le bâti ancien et la terre crue depuis 2 ans. Avant ça, j’étais ingénieure thermicienne du bâtiment.
Venant d’un milieu précaire, j’ai grandi rapidement et pris conscience des inégalités qui existaient dans cette société.
Malgré tout, j’ai longtemps cru à « l’ascension sociale » et au changement des institutions par l’intérieur.
C’est pourquoi, en dépit du chaos qui régnait dans ma vie à ce moment là, je me suis accrochée à cette idée d’obtenir des diplômes, de m’élever socialement, devenant un exemple de réussite et de fierté pour mes proches.
Le désenchantement est venu ensuite, j’ai compris que l’origine sociale conditionne les possibilités d’emploi, bien plus que les compétences. Les postes de pouvoir et de décisions restent réservé à une typologie de personne poursuivant un même objectif : un maximum de profit financier, quoi qu’il en coute (casse sociale, destruction de la biodiversité, du climat, de la santé humaine etc.). Cela m’a fortement révolté.
Je vous parles du secteur du bâtiment, mais vous en conviendrez, cela fonctionne globalement de la même manière dans tout les secteurs. Quand on y regarde de plus prêt, la plupart des décisions qui vont à l’encontre du bon sens et de l’intérêt commun sont prises pour l’intérêt financier de quelques un.
Le milieu agricole et la production de notre alimentation n’y échappe pas. Pourtant, c’est la base de toute vie humaine. Ce milieu me fascine depuis toute petite. Le profond respect que j’ai pour cette profession, entraîne chez moi une forte indignation : les décisions politico/techniques qui encadrent ce milieu ne protègent rien ni personne de ces dérives. Elles laissent la population, y compris les agriculteurs, à la merci de l’appétit vorace des financiers, des industriels et des distributeurs qui cherchent à faire un maximum de profit, peu importe les conséquences. Repoussant toujours les limites de l’acceptable.
C’est pourquoi j’ai participé à cette action et accepté de franchir cette ligne qui me met en danger aujourd’hui. Les pouvoirs publics ne nous protège pas et les médias nous invisibilisent. C’est à nous, citoyens, de prendre nos responsabilités, de casser les codes et de pousser le débat dans la sphère publique afin d’informer la population et de faire bouger les lignes.
Remettre le respect du vivant et du bien commun au centre des prises de décisions.





