L’ammoniac (NH₃) est un gaz incolore, principalement émis par l’agriculture intensive, notamment les élevages industriels de porcs et de volailles, ainsi que l’utilisation excessive d’engrais azotés. En Bretagne, région à forte densité d’élevages, cette pollution est particulièrement préoccupante. Elle contribue à la formation de particules fines (PM2.5), responsables de maladies respiratoires et cardiovasculaires, et à l’acidification des sols et des eaux, perturbant ainsi les écosystèmes locaux.

Restitution des données, un début de réponse obtenue sous la pression
Alors que notre collectif exigeait la publication des données sur les émissions d’ammoniac, le portail Géorisques a réintégré discrètement les données relatives à la pollution atmosphérique. Cette avancée, arrachée sous la pression citoyenne, doit beaucoup à la mobilisation des signataires de notre pétition lancée début 2025. Merci à vous tou·te·s !
Afin de pallier au manque de transparence des pouvoirs publics et permettre à chacun·te d’accéder à une information claire, nous publions une nouvelle analyse actualisée des données d’émissions d’ammoniac issues des élevages industriels en France.
🏆 Les champions nationaux de la pollution à l’ammoniac : Bretagne en tête


Ces résultats n’ont rien d’anodin : ils reflètent l’emprise structurelle de l’élevage industriel sur l’agriculture locale et ses conséquences environnementales. La Bretagne cumule ainsi les premières places dans les deux filières les plus polluantes en matière d’ammoniac.
📉 Objectifs de santé publique vs. réalité terrain : l’écart se creuse
Alors que la France s’est engagée à réduire ses émissions d’ammoniac, notamment dans le cadre de la directive européenne 2016/2284 dite « NEC » (National Emission Ceilings), les chiffres démentent toute inflexion sérieuse.
- les objectifs :

Ce décret fixe une trajectoire de réduction de -13 % entre 2005 et 2030, avec une première étape à -6,4 % en 2023. Or…
- Les résultats :

…les émissions ont en réalité augmenté de +18 % entre 2005 et 2023 (de 9 032 t à 10 628 t), soit un écart de +25 points par rapport à l’objectif prévu. Cette hausse alarme, d’autant que l’agriculture représente 94 % des émissions totales d’ammoniac en France, selon le CITEPA.
En résumé et en prenant la base de référence de l’année 2005 (9 032 tonnes), les émissions auraient dû baisser de 6,4% fin 2023 pour atteindre 8 453 tonnes. Loin d’atteindre cette valeur les volumes sont au contraire en augmentation de + 18% (10 628 tonnes) par rapport à 2005 !
L’élevage industriel est incapable de corriger sa trajectoire et continue d’être une source massive de pollution de l’air en dépit des objectifs affichés et ces conséquences désastreuses.
🚫 Des données biaisées pour dissimuler la réalité
Comment dresser un état des lieux fiable quand 93 % des élevages industriels en France n’apparaissent dans aucune donnée publique ?
Les émissions recensées proviennent uniquement des installations classées (ICPE) déclarant plus de 10 tonnes d’ammoniac par an, seuil au-delà duquel la publication est obligatoire. Or, cette règle, instaurée en 2008, exclut l’immense majorité des élevages industriels, dont les émissions restent pourtant significatives.
Ainsi, les émissions de 93 % des élevages industriels restants – pourtant significatives – demeurent totalement invisibilisées. L’opacité qui en résulte empêche d’établir un diagnostic territorial précis, en particulier pour la région Bretagne, première région émettrice française.

Évaluation établie à partir des données georisques 2023
Seulement 7% des élevages de porcs et de volailles sont contraints de publier leurs données.
❗ Une obligation légale bafouée
L’opacité actuelle constitue une violation du droit européen à l’information environnementale. En refusant de publier l’ensemble des inventaires, l’État français :
- rend inopérante toute évaluation des politiques publiques,
- fausse les diagnostics,
- empêche l’adoption de mesures correctrices adaptées.
Il est urgent que le ministère de la Transition écologique assure la publication complète et transparente des données d’émissions, dès la première tonne émise, afin de respecter ses obligations et de tenir l’objectif de -9,2 % d’ici 2026.
Nos actions à venir :
Notre collectif prépare une série d’initiatives juridiques, citoyennes et scientifiques pour déverrouiller l’information environnementale sur la pollution à l’ammoniac.
à suivre très bientôt !
Le palmarès des communes sous ammoniac – êtes-vous concerné·e ?
Nous publions aujourd’hui la carte des communes où se concentrent les élevages industriels déclarant au moins 10 tonnes d’ammoniac par an. Derrière ces chiffres se cachent des réalités territoriales alarmantes : concentration de l’élevage, saturation des sols, pollutions de l’air, impacts sur la santé.

La liste des communes et le nombre d’élevage par commune

⚠️ Ce que nous révèle l’analyse :
1 – L’élevage industriel en Bretagne est le premier responsable des émissions d’ammoniac en France. La concentration des exploitations génère des pics de pollution fréquents dont les effets sanitaires sont avérés, notamment en matière de mortalité prématurée liée à la pollution de l’air.
2 – L’absence de données exhaustives empêche toute régulation efficace. La France affiche des objectifs de réduction de -13% d’ici 2030… alors même que les émissions progressent de +18% depuis 2005.
Solutions
Nous, citoyen·ne·s, exigeons que l’État prenne ses responsabilités :
| Sur les émissions d’ammoniac : – Des stations de mesures continu en zone rurale : au moins 3 par département. Il n’en existe qu’une seule en Bretagne, à Merléac. – Une déclaration obligatoire dès 1 tonne/an, et un seuil réglementaire fixé à 5 tonnes maximum par établissement – Des contrôles renforcés des ICPE et des sanctions effectives – Une transparence totale sur les niveaux de pollution de l’air et leurs sources. Sur l’orientation agricole : – Moratoire immédiat sur les autorisations administratives d’extensions ou de créations d’élevages industriels, – Réduction de 50% sur 5 ans du nombre d’élevages industriels, – Plan d’accompagnement à la reconversion pour les éleveurs concernées, – Soutien massif aux élevages paysans, aux circuits courts et à l’autonomie territoriale – Fiscalité dissuasive sur les élevages industriels et les produits importés issus de ce modèle. |

[ à insérer ici les boutons vers les autres chapitres du dossier « communes sous ammoniac »]
